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CHEVALIERS NOIRS 4, EXTRAITS

Chevaliers Noirs 4 - Extraits

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Chevaliers Noirs 4

De sa pèlerine, il avait extrait un petit arc récursif de nerf et d’os. De l’autre main, il prit une flèche acérée qu’il n’encocha pas.

L’officier arrivait dans la traverse, agacé.

Le premier assassin restait pétrifié, effacé contre les marchandises, le chaperon légèrement baissé pour maintenir son visage dans l’ombre. Sa pèlerine brune se fondait avec la couleur des bâches. Il tenait un garrot entre ses mains, aussi immobile qu’une statue.

Il n’éveilla pas l’attention du chef, lorsque celui-ci passa à quelques pas dans la traverse, jetant des regards dans la direction opposée, cherchant son garde.

Le second assassin garda la flèche en main, son chaperon plein d’ombres se déplaçant millimètre par millimètre. Il traquait des yeux l’officier, qui s’éloignait du premier attaquant.

Celui-ci en contrebas lui fit signe. Il braqua fermement un index sur son torse, comme pour dire « Il est à moi ». Le second acquiesça au loin, fit disparaître la flèche sous sa pèlerine.

Le premier se dirigea furtivement sur les pas du chef. Il se ravisa, changeant de tactique, glissant le garrot sous son manteau.

 

– « Droit devant, » déclara le Maître On sans lui laisser de répit, « les réserves contiennent tout le nécessaire au fonctionnement quotidien. Des chandelles, des huiles, des bûches, et tous les outils « normaux » et ordinaires — qui vont des marteaux, jusqu’aux fils à plomb et tenailles —. Tu m’écoutes toujours Gryffin ? »

– « Oui, Maître. »

– « Alors parfait, écoute bien. Ici, à la Garde impériale qui est en réalité l’Ordre d’Aiglecroise, en plus des arts du combat, tu apprendras à te fondre dans les ombres, à exploiter au mieux les lieux, à déjouer des gardes et des chiens, à franchir des obstacles tels que des fossés ou des douves. »

Ils approchaient des édifices au fond, qui s’élevaient avec des rangs d’officines et d’ateliers sur les paliers. Heriman se dirigea vers un passage voûté, qui passait sous les bâtiments.

« Tu apprendras à crocheter des serrures les yeux bandés, parfois en improvisant des outils. L’Ordre fait l’acquisition de très nombreuses serrures, et entretient des liens avec de nombreux serruriers à Aiglecroise. Nous savons ainsi souvent qui a fait poser une serrure particulière, et nous nous arrangeons parfois pour obtenir un duplicata de la clef ou des précisions sur le mécanisme. Je ne suis pas sûr que tu m’écoutes Gryffin… »

– « Si Maître, des précisions sur le mécanisme… »

 

– « Les fondateurs de l’Ordre ont eu raison de concevoir ce couloir avec plusieurs issues, » dit Fandon, « pour qu’on s’imagine que nous sommes ressortis d’un autre côté. Ça semblerait bizarre de nous voir disparaître pendant des heures dans une remise. »

Surt acquiesça.

Ils longèrent la réserve exiguë, entre les étagères pleines de flacons, d’encriers et d’écritoires.

« Nous sommes les derniers », constata Fandon.

Au fond, quelques lanternes se trouvaient sur une table. Fandon en alluma une avec la chandelle qui brûlait, indiquant que d’autres étaient passés par là avant eux.

Surt avait pivoté vers l’alcôve du fond. Alors que son frère d’armes levait la lanterne, il appuya sur une combinaison de pierres bien précise. Elles s’enfoncèrent sous sa main. À chaque pression, ils entendirent des pièces se déplacer dans des logements. À la cinquième, un mécanisme joua de l’autre côté, une barre coulissa, et toute l’alcôve s’entrouvrit, presque sans bruit sur des gonds invisibles. Surt l’écarta sans effort, découvrant un corridor obscur.

Ils franchirent le seuil et refermèrent la porte secrète d’une légère poussée.

L’alcôve claqua discrètement, reprenant place, s’ajustant ; ses rouages tournèrent, une barre se déplaça, condamnant la porte, puis des taquets de bois repoussèrent les cinq pierres enfoncées en avant.

 

– « Poison ? » suggéra Jared. « Certains ont des effets peu évidents. »

– « Elle a un goûteur, ses repas sont surveillés », réfléchit Julian. « Ce ne sera pas facile d’approcher de ses plats. »

– « C’est un avantage, ça empêchera le cercle des assassins de faire n’importe quoi. »

– « On peut toujours soudoyer quelqu’un. »

– « Mais aucun serviteur ou chambrière n’a été engagé sur place, ce qui explique nos difficultés à prendre pied dans son entourage. »

– « Les assassins auront les mêmes », remarqua Khalifa.

– « Et il y a peu de poisons vraiment discrets à l’odeur ou au goût », rappela Julian.

– « De l’aqua fortis ? » lança Jared.

– « Non », dit Khalifa catégorique. « Trop d’effets caractéristiques, dont le jaunissement des tissus. Et c’est beaucoup trop long. »

– « De l’arnica, et c’est réglé en une nuit. »

Tumenaï secoua la tête.

– « L’odeur est trop forte. C’est très facile à détecter dans les aliments. Et il en faut des quantités. »

Surt n’intervenait pas. Ses yeux allaient d’un intervenant à l’autre autour de la table, imperturbables.

 

Khalifa se rapprocha, contraint d’élever la voix.

– « Donc, je me rendais au siège secret du cercle, et j’ai pensé que je pouvais… » Il se tut.

Un chevalier avait aidé une jeune femme blonde à monter sur l’estrade. Elle s’avançait sous les vivats prolongés de la foule qui faisait un bruit d’enfer. Même de loin, elle semblait aussi délicate que charmante.

Ses chevaliers étaient maintenant en alerte en bas, les écus levés, sondant l’auditoire avec des regards d’acier.

Khalifa la détailla incrédule.

« La blonde ? C’est elle ?... Dire que j’ai cru un instant que le travail ingrat était pour toi. » Il se tourna. « Tu veux échanger ? »

Surt esquissa un sourire.

– « Je te laisse les assassins ; tu les connais si bien. »

– « Pauvre petit… » fit Khalifa sous le charme, alors que les ovations redoublaient. « Quel sacrifice pour l’Ordre. Il y en a qui ne vont pas s’ennuyer, pendant que d’autres accomplissent leur dur labeur. »

Il arracha un nouveau sourire à Surt.

– « Vas rejoindre tes assassins, veux-tu ? »

– « Ravissante », évalua son camarade plus sérieusement. « Elle est belle, et elle en joue. Pas de parures trop voyantes. Un subtil mélange de ce que le peuple attend, simple et accessible. Elle sait ce qu’elle fait. Les assassins font quelque chose à ta droite ? »

– « Rien. »

Les encouragements décrurent ; les derniers murmures bourdonnèrent sur la place, puis elle prit la parole très simplement.

– « Merci, merci à tous… Nombre d’entre vous le savent déjà, j’ai été consultée suite aux réformes que j’ai menées en Lyonnesse… et invitée par les délégations. Quand j’ai su qu’il y avait une telle volonté de faire entendre vos voix dans la capitale, j’ai bien évidemment accepté… »

Un temps. Elle avait regardé la place pleine de monde.

« Or, seigneurs et paysans, nous devons nous entendre… Parce que nous sommes à la merci des caprices de la nature, du vent, des pluies, du froid… et que la terre est ce que nous en faisons ; ce que nous en ferons à l’avenir, pour éloigner la famine, obtenir de meilleures récoltes, et donner du pain à tous. »

C’était une jolie blonde, svelte, les cheveux nattés, le manteau raffiné. Surt savait qu’elle avait exactement 27 ans —  son âge. Pas très maquillée, le teint un peu pâle. Un calme, une forme de vulnérabilité qui la rendaient attachante. De là où il était, il apercevait peu de bijoux. Il se demanda si elle portait l’anneau d’Aquila, puis il repéra l’éclat métallique à son annulaire droit.

 

 

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