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CHEVALIERS NOIRS 1, EXTRAITS

Chevaliers Noirs 1 - Extraits

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Chevaliers Noirs 1

Ils se précipitaient vers l’orée du bois. Gagnant du terrain, son poursuivant lança :

« Je vous tiens, ma Dame. »

Moqueuse, elle jeta par-dessus son épaule :

– « Pas encore ! »

Elle sortit du bois en riant, et faillit heurter de plein fouet le mur d’ébène devant elle. Il fit un écart, se dressa sur les postérieurs. Elle vit les muscles saillir sous le pelage velouté, tandis que le cheval noir se cabrait vers l’azur en hennissant furieusement. Reculant, elle aperçut les rênes de la bête nouées à une branche basse.

Les antérieurs retombèrent lourdement et le cheval noir s'ébroua.

Le garçon s’était arrêté derrière elle. Dans ce bref instant, ce fut plus fort qu’elle. Elle dit :

« Holà ; holà ! »

Et tendit sa main gantée vers la bride.

– « Non », fit la voix.

Elle l’aperçut alors. Il était assis sur une branche basse, revêtu d’une chape noire.

 

Les hommes d’armes étudiaient l’étranger, qui restait en garde, le comptoir à sa droite. Ils savaient à quelle vitesse une épée pouvait surgir.

– « Personne ne bouge quand le beffroi sonne midi », résuma le chef.

Le voyageur maillé fit alors quelque chose d’inattendu. Éloignant sa main droite de l’arme, il porta le godet à ses lèvres pour boire posément une gorgée.

– « Vous devriez expliquer vos coutumes aux étrangers. »

Et sa main redescendit sans hâte près de la poignée.

– « Vous n’avez pas respecté l’heure des morts », lâcha le chef. « Vous avez violé la coutume en remontant la grand rue. »

Les clients dans la taverne se redressèrent. Les regards se braquèrent sur l’étranger, semblèrent le reconsidérer sous un autre jour.

Le chef surveillait tantôt ses mains, tantôt sa face.

« On n’aime pas les fauteurs de troubles, par ici. »

Des ombres profondes s’amassaient entre les solives basses, s’allongeaient derrière les hommes, façonnant sévèrement les visages.

« Qu’est-ce que vous venez chercher pèlerin, à part les ennuis ? »

Le regard de l’Homme Sombre se fit glacial.

– « Et vous ? »

L’officier avait la main gauche au fourreau. Le barbu déplaça légèrement la hache entre les siennes.

– « Vous avez des ennuis, pèlerin. Vous les avez cherchés. »

 

Les tambours cessèrent de battre. Le héraut entonna :

– « Au nom du Duc Darius d’Olamus, seigneur de Vif-argent. Les bandits de grand chemin Denis et Almuric seront pendus demain, ici. Qu’on se le dise, qu’on se le dise ; venez nombreux. L’heure exacte de la pendaison sera annoncée ce soir. Que justice s’accomplisse, par la volonté du ciel éternel. »

Il enroulait l’acte, et repartait vers les marches, mais devant les visages des gens, leur attente silencieuse, pleine d’espoir et de trouble, il se ravisa. Il leur avoua, sur un ton qui n’avait rien d’officiel.

« En ce qui concerne Maximillien Werner, le Duc n’a pris aucune décision… »

Et il tourna les talons vers les marches. La foule mit quelques instants à assimiler ces propos. Ils furent plusieurs à rester graves et songeurs, dans un lourd silence. Le nom signifiait quelque chose pour eux. Puis comme le héraut descendait de l’estrade, la vie reprit ses droits et les gens sur la grand place vaquèrent comme s’ils ne voulaient plus y penser.

Le peseur plaça le poids qui tinta sur le plateau de la balance. Les changeurs de monnaie traitèrent avec leurs clients, les exclamations du commerce reprirent entre les étals. Seules quelques personnes s’attardèrent avec des regards moroses devant le gibet. Sombrement, les deux serfs se penchèrent sur la pierre à blé. Ils soulevèrent la coulisse, et un flot mordoré se répandit par la gueule de la gargouille de bronze, remplissant le sac au-dessous.

 

Les deux courtisanes poudrées de blanc s’ennuyaient sur leur pas de porte, lorsque l’une poussa l’autre du coude. L’étranger remontait calmement la ruelle. Son air songeur le mettait à part des autres, et pour une fois ce n’était pas l’armure noire.

Les deux filles se dépêchèrent de se mettre en valeur, la blonde faisant remonter ses seins dans son corset. Elles s’adossèrent au porche négligentes, soulevant un peu la poitrine, une jambe repliée.

Comme il passait, la blonde lança :

– « Éh, messire… »

Le chevalier se pétrifia net, regardant droit devant lui. Enhardies, les filles lui firent des sourires enjôleurs.

« Un peu de détente pour le voyageur harassé ? »

Lentement, il tourna la tête, une lueur d’amusement au fond des yeux.

« Un bain et un massage, par des mains expertes ? » continuait la blonde. « Veux-tu l’ivresse et l’ensorcellement des sens ? »

Il les regarda en coin, tête penchée. Il jeta un regard vers le bout de la ruelle, et prit rapidement une décision. Il s’approcha.

 

« Pourquoi les étrangers n’ont… pas le droit de voir le reste de la vallée ? »

Les beaux yeux se firent brumeux.

– « À cause de la rébellion… » répondit-elle sans détours.

Il la regarda, attendant qu’elle s’explique.

« Il y a une rébellion aux marges du royaume. Le Duc veut contrôler les voyageurs qui pourraient aider les rebelles… »

Il acquiesça.

– « Et les vassaux du Duc, les puissants, ils fréquentent des courtisanes ? »

Elle sourit.

– « L’étranger veut se renseigner. »

– « Étranger dans une ville étrange, j’essaie de comprendre. »

– « La plupart ont leurs maîtresses et servantes », remarqua-t-elle. « Tout ce qu’il leur faut dans leur entourage. »

Son pied caressait lascivement, tendrement, la jambe de l’étranger. Ses orteils passèrent derrière la jambière, remontant le long des braies de cuir. Il regardait calmement la porte, mais tendit la main gauche, étreignant doucement la peau de sa cheville.

– « Quand le beffroi sonne midi, vous avez un rite curieux », remarqua-t-il.

Elle l’étudia.

– « Nous sommes un peuple étrange. Nous avons nos propres coutumes. »

 

 

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Entretien avec l'auteur sur Chevaliers Noirs, Vol. 1 à 3